Les débuts pour l'enfant de séparation pour aller vers l'individuation, un peu de psy

09/07/2016 00:00

 

Evolution de comportement :

 

Passé les premiers mois ( phase symbiotique puis première phase de différenciation), la période qui suivra ensuite déroulera tout un processus de séparation-individuation. Votre bébé prend conscience profondément de l'individualité existante (c'est la phase de séparation entre le 8ème et 10 ème mois).

Comme la mère est différente du bébé, votre enfant peut prendre l'initiative d'aller ou non vers vous, sa mère. Maintenant il sait que vous allez revenir. Il l'a expérimenté lors de l'étape précédente (voir article :L'angoisse du huitième mois ).

 

Ce nouveau stade va lui permettre progressivement de prendre de la distance avec vous pour exister, explorer son environnement par lui-même et se développer. C'est une véritable naissance psychologique pour votre enfant qui se distingue nettement de sa naissance biologique. Il revient de temps à autre se recharger émotionnellement auprès de sa mère (phases de rapprochement) pour mieux s'en séparer, mieux se différencier, grandir.

 

Comment vivre ce changement en tant que mère en fusion avec son enfant :

Certaines mères peuvent éprouver de la difficulté à voir leur enfant commencer à se détacher, un sentiment de ne plus être utile à leur enfant.

Les premières relations mère-enfant sont des moments trés riches, féconds mais parfois fragiles.

Dites vous bien que c'est justement parce qu'il a été suffisamment sécurisé, rassuré, que vous avez répondu favorablement à ses besoins dans les premiers mois qu'il est en capacité aujourd'hui d'aller explorer de lui-même et avec plaisir son environnement. Il a encore besoin de vous émotionnellement pour pouvoir grandir.

Ce dont il a besoin pour avancer, c'est de se détacher de vous et que ce soit favorisé par un environnement encourageant, disponible, soutenant. Cette période, avec tous ces processus de structuration, se situe environ en fin de première année, début de deuxième année.

 

Au départ, c'est en maintenant un contact visuel avec vous que votre enfant va arriver à prendre de la distance. Vous le voyez se retourner de temps à autre pour se recharger en émotions, pour sentir votre intérêt pour ses déplacements. C'est ce qui vient combler l'écart spatial. Il a besoin d'être encouragé car il expérimente son intérêt pour l'indépendance vis à vis de vous. Il a besoin que vous en soyez véritablement satisfaite, sereine pour pouvoir grandir favorablement (ce sont ses premiers essais d'exploration plus élargie à l'environnement).

 

Etude clinique : Cest Margaret Mahler (psychanalyste) qui a été la première avec ses collaborateurs, à analyser et mettre en évidence le déroulement de ces étapes, a étudier les phases normales de ce processus du développement de l'individu.

Pour elle, les poussées de maturation neurologique et somatique de l'enfant vont de pair avec le développement psychique et l'évolution de la relation d'Objet libidinal. La mère est le support de ce processus qui aboutit à la séparation-individuation de l'enfant. Elle utilisera à ce propos le terme "d'éclosion".

 

Etape par étape et pérriode des essais :

Les phases vers un début d'indépendance ne peuvent se faire d'un coup et cela demande une adaptation de votre part, de répondre à ses besoins, de lui expliquer ce monde environnant, d'exprimer votre joie de le voir grandir pour que votre enfant prenne plaisir à se distancier de vous.

 

Petit à petit, il va se sentir suffisamment sécurisé pour agrandir un peu plus à chaque fois la distance spatiale entre vous.

Il continue ses essais. Il vérifie que tout va bien même si vous êtes éloignés, ce qui implique qu'il peut toujours vous retrouver s'il en a le besoin pour se recharger.

Il arrivera enfin, grâce à son assurance grandissante (par le fait que vous restiez en contact et disponible même en prenant plus de distance) à aller plus loin encore. Quand les conditions sont favorables, il trouve un équilibre dans ces processus au fur et à mesure du temps et de ses essais.

Cette possibilité d'être actif dans son développement lui donnera une meilleure résistance aux confrontations à venir.

A des moments, il peut vous sembler ne plus avoir besoin de votre contact physique (distanciation), c'est pour mieux revenir ensuite et enfin il revient (rapprochements) pour mieux repartir et donc grandir. C'est le processus, c'est que votre enfant va bien.

Il montre tout de même une certaine différence à votre égard par rapport à la peur de l'étranger. C'est un indice de bonne santé de son développement psychique. Il sait faire la différence et vous reconnaît en tant que mère rassurante.

 

La confiance de l'enfant s'agrandit, le besoin de la présence physique de la mère se modifie puis diminue :

Il a besoin de garder un contact de sensations, de perceptions à distance. C'est à dire que lorsqu'il ne vous voit plus et qu'il est dans un état de bien être, ça n'empêche pas que psychiquement, il a toujours besoin de vous. Il a besoin de savoir que vous êtes avec lui et disponible en cas de nécessité, de difficulté tout en étant éloigné. Entre autre, lui parler lorsque vous vous trouvez occupée dans une autre pièce ou qu'il puisse venir vous voir, vous rejoindre dans cette pièce et vous parler dans son jargon pour repartir dans ses jeux.

Vous êtes toujours reliés par ce lien spécifique de l'attachement, différemment mais tout de même reliés. Vous êtes son point d'ancrage, sa force qui lui permet de vous séparer. Vous lui permettez de devenir autonome, de prendre confiance. Parfois, votre enfant vient vous attraper la jambe, vous le regardez, lui souriez, lui parlez et ça lui suffit. D'autres fois, il semble plutôt avoir besoin d'être pris un moment dans les bras puis en descend bien rechargé émotionnellement.

 

La place et la relation du père :

Le père est important pour la construction psychique de votre enfant. Il se noue aussi une relation d'attachement entre le père et l'enfant. Un travail semblable s'est mis en place mais d'une autre manière. Certains pères prennent le relais lorsque la mère vit des moments difficiles. Il peut être d'un grand soutien à cette période. Il prend facilement ce relais, si la mère lui en laisse la place, quand les conditions sont favorables. C'est celui qui va vous aider à vous séparer de votre enfant, en étant avec vous. Par sa disponibilité, ses jeux avec votre enfant, son soutien auprès de vous, vos réaménagements, vous pourrez plus facilement vivre cette situation parfois délicate pour certaines femmes (selon leur propre vécu d'enfant qui se réactualise indéniablement à ce moment là). Parfois, le père a une relation d'attachement "façon maternelle" quand il fait le relais et pallie la mère en difficulté avec son enfant.

 

D'autres fois, le père de l'enfant peut avoir besoin de trancher davantage pour vous aider si émotionnellement il est en mesure d' avoir davantage de distance sur la situation, en raison de sa place, et au fond c'est ce que vous pouvez ressentir comme avoir besoin le plus souvent. Un médiateur qui veille, avec bienveillance, sur votre relation pour aider son enfant à grandir et à s'ouvrir au monde.

Si le père de votre enfant ne fait pas tout à fait la même chose que vous dans sa manière de s'en occuper, votre enfant saura s'y retrouver à partir du moment où le bien-être, l'intérêt de l'enfant reste au coeur des préoccupations et que l'écart n'est pas trop grand (cohérence).

Il me semble qu'une couche mise de travers n'a jamais mis un enfant en difficulté émotionnelle ni nuit à son développement. Si l'eau du bain de votre enfant a fait jaillir une piscine à l'extérieur de la baignoire quand c'était avec son père, c'est fatigant pour la personne qui devra éponger mais peut- être que votre enfant aura pris un énorme plaisir avec son père à ce moment là de jeu et c'est cela qu'il est important de maintenir. Ce sont de petites choses qui parfois permettent de lâcher prise et faire redescendre la pression quand elle est là. Votre regard sur la place du père va avoir une influence sur l'épanouissement de votre enfant.

 

Temps de gratifications / frustrations :

Comme votre enfant va à la découverte d'un environnement plus élargi, il vit les choses sous un nouvel angle de vue, fait des expériences, rencontre des frustrations. Plus votre enfant est petit, plus les éléments de satisfaction doivent être plus importants que les éléments de frustration pour un « bon » développement.

Petit à petit, il va vivre et remplacer le principe de plaisir par le principe de réalité. Il est nécessaire pour sa structuration que cela se fasse par alternances et que ce soit graduel.

Jusqu'à environ ses trois ans, votre enfant continue d'expérimenter cette séparation-individuation en passant par des périodes d'opposition nécessaires pour qu'il puisse s'affirmer et exister en dehors de vous (vers les deux ans) lui permettant de se distancier, de s'individualiser. C'est la fameuse « crise des deux ans » parfois comparée à la futur crise d'adolescence sous certains aspects. Sauf qu'il faut bien prendre conscience que là votre enfant est petit et a besoin de votre patience et persévérance lors de ses épreuves. Il n'a pas la maturité affective d'un ado.

Il ne fait qu'expérimenter le principe de réalité, découvrir de plus en plus que les événements ne découlent pas simplement de la volonté, comme dans son illusion précédente (« j'ai faim et le biberon arrive =c'est simplement le désir qui amène la chose même jusqu'à ma bouche et me procure du plaisir, pas la personne qui s'est levée pour remplir le biberon, le faire chauffer et l'apporter »; « ce jeu me donne envie de le porter (volonté et plaisir immédiat) et il tombe à chaque essais = principe de réalité qui prend du temps à accepter). On peut comprendre que ce soit difficile pour un enfant. Il pense que sa volonté ne fonctionne plus, que c'est de ce fait que le jeu tombe, qu'il ne peut plus avoir accès au plaisir. Naturellement, ça lui apporte des tensions au départ et a besoin que l'adulte l'aide à s'en décharger, le soutienne par la parole, lui explique une nouvelle réalité.

 

Vérification de l'environnement :

Par la suite il prend conscience, par le vécu de ses nombreuses expériences, qu'il a une influence sur les événements et a besoin de vérifier que l'environnement est en capacité de lui donner des repères stables, sécurisants, qu'il peut s'appuyer dessus, qu'il est solide (pas d'énervement démesuré et systématique du parent face aux expériences de son enfant) et fiable (repères, limites tenues) et aimant quoi qu'il se passe (il n'est pas aimé et entendu sous conditions).

 

La question réside plutôt dans "comment l'accompagner à vivre ses frustrations, comment l'adulte solide tiens les limites, même celles qui apportent de la frustration à votre enfant, sans pour autant rentrer dans un rapport de force ni le brutaliser." La confiance en soi et en son enfant, la souplesse aident le parent à prendre du recul. Les négociations réciproques et l'humour avec votre enfant sont un bon moyen de temporiser la plupart du temps. Comment rester déterminé dans vos décisions tout en restant souple et indulgent avec votre enfant. Je constate qu' il est souvent difficile, surtout dans une première expérience de parent, d'en saisir la nuance sur l'instant surtout quand l'émotionnel prend le dessus. je vous invite à l'exprimer quand cela devient compliqué à gérer.

 

Pour l'enfant, "la mère" au sens psychique sera bien amortie plutôt au cours de la troisième année.

 

De l'influence de la relation parents-enfant à la progression du développement :

Votre enfant passera ces étapes de façon à tester votre force de patience, de compréhension, de tolérance, de contenance mais aussi d'humour, de rebondissement, de capacité d'ajustement et votre joie de le voir grandir.