L'accès au langage, un peu de psy

09/07/2016 00:00

     L'enfant est en prise directe avec la communication inconsciente.

 

La relation au bébé = place aux émotions :

Le bébé est un être d'émotions. Il est sensible à l'environnement car son système sensoriel et perceptif est très développé. L'enfant a des besoins auxquels l'adulte doit répondre le plus souvent et le plus rapidement possible pour favoriser un développement émotionnel harmonieux. Des besoins dont celui d'être rassuré, considéré lorsqu'il pleure, d'être pris dans les bras et plus vous y répondrez favorablement, plus il développera une sécurité intérieure et une confiance en lui. L'enfant a besoin que l'on verbalise ce qu'il ressent pour avoir confirmation de son ressenti par la parole et ainsi se sentir exister. Il ne s'agit pas d'exagérer ses émotions ni de les banaliser, simplement de les nommer, de les reconnaître comme réelles. Ca le rassure, le réconforte et valide l'existence de votre enfant dans sa réalité.

 

De quelle manière existe un bébé :

Un bébé ne fait pas encore la différence entre ce qui est en lui (facteurs endogènes) et ce qui est en dehors (environnement, facteurs relationnels). Son psychisme se vit comme faisant parti d'un tout avec sa mère. La mère n'est pas identifiée comme une autre personne et le père n'existe que par la mère. C'est tout un travail intérieur qui va se faire au niveau de sa construction psychique au fur et à mesure des mois et années à venir. C'est pendant tout ce temps que votre enfant va progressivement se différencier et ensuite s'individuer. C'est un processus psychique graduel pour l'enfant qui se fait sur de longs mois où l'intérieur commence à être perçu comme différent de l'extérieur avec des sous-phases de distanciation et de rapprochements de la mère (concept clef de la psychologie analytique: Margaret Mahler).

 

Grossesse et régression psychique :

Tout d'abord, il est nécessaire de laisser à la mère et l'enfant le temps d' atterrir. Il s'est passé tout un remaniement intérieur, un phénomène de régression pour la mère pendant la grossesse qui fait encore écho pendant quelques semaines et mois.


La place du père :

Petit à petit, il est important que le père soit nommé et présenté physiquement au bébé par la mère, qu'il ait sa place dans le psychisme de la mère, dans la communication de la mère au bébé.

Le père dans la réalité et celui représenté par la mère (symboliquement) va aider la dyade mère-bébé à se dé-fusionner, à exister progressivement au delà de leur relation exclusive. Cela va aider, au fur et à mesure des années à venir, votre enfant à vivre la relation à sa mère comme relation de corps différenciés qui peuvent exister l'un sans l'autre. C'est lui permettre de se sentir exister.

La fonction du père est importante pour accompagner la mère et le bébé petit à petit dans la restauration d'une relation à trois puis par la suite tournée vers le monde. Ca passe par le père qui par sa présence, sa manière de soutenir, de réconforter la mère, de l'épauler, de l'accompagner, sa présence auprès du bébé va de ce fait impulser au bébé l'élan et le désir confiant de grandir en évoluant vers le monde environnant rassurant (qu'il ressent d'abord rassurant pour sa mère) quand ils seront prêts lui et sa maman. Plus la maman sera rassurée, épaulée, plus l'enfant se sentira en confiance.

 

Le bébé, un être vulnérable à protéger :

Relié directement à la personne qui s'en occupe, votre enfant ressent toutes les émotions de celle-ci. Non seulement il ressent votre émotion mais aussi votre intention consciente et inconsciente. Les mots transportent tout ce que l'adulte porte en lui, même l'imprononçable (l'implicite, l'émotion, l'affect) qu'il est parfois incapable d'exprimer intentionnellement.

Voilà pourquoi on entend souvent que « le bébé est une éponge ». Il est complétement dépendant de son environnement. Il n'a pas encore de filtre de protection et cela va durer un certain temps. Ce filtre, c'est vous qui allez le lui apporter dans un premier temps. Il en a besoin. Par vos paroles rassurantes et contenantes, en accueillant ses émotions et par votre attitude adaptée, votre enfant va se construire progressivement un sasse de protection. Il aura acquis une confiance en ce qu'il ressent et une certaine compréhension du monde environant par la suite, parce qu'il saura, par ses différentes expériences avec vous, qu'il peut se fier à vous, vous faire confiance quand il vit des choses difficiles et parce qu'il aura alors intégré ces paroles comme force en lui.

 

Le lien mère-enfant :
L'enfant dans un premier temps ressent, existe, comprend et prend appui, se construit dans les échanges avec la mère, à travers ce qu'elle véhicule : ses émotions, l'attitude, la voix, le rythme de la voix, les mouvements, les paroles, la musicalité de celles-ci, le regard, les expressions du visage, la manière dont elle le porte, dont elle le touche, le berce, dont elle le perçoit, le considère. Tout cela compte, ce qui va se poursuivre ensuite avec le père ou l'adulte référent qui s'en occupe. 

« Un nourrisson seul, ça n'existe pas » (Winnicott) est à entendre au niveau de l'instauration psychique du bébé qui est relié directement à sa mère dans un premier temps.

 

Les intéractions précoces :

Votre bébé va réagir en fonction de votre manière d'être avec lui et vous allez ajuster en fonction de ce qu'il exprime. Vous commencez à entrer dans une communication en accordant vos rythmes, une symbiose qui est importante pour vous et votre enfant.

Ce sont les premiers échanges de sourires, de vocalises, d'ajustements réciproques que vous allez vivre et verbaliser à votre enfant. Vous allez répondre, par identification à votre bébé, en imitant ses expressions. C'est une communication de ressentis complices entre vous qui va s'établir et c'est cette communication dans un premier temps qui importe encore plus que le contenu des mots. Profitez de ces moments précieux et constructifs en jouant avec votre enfant.

D. Stern parle d'accordage affectif lors des interactions précoces mère-enfant.

Il est important de parler à votre bébé dés les premiers jours. Les mots sont le support d'une communication constituée de ressentis. Cela permet de donner à votre bébé du sens sur ce qu'il vit, ressent, exprime. Il en a besoin. Tout comme de lui exprimer ce que vous vivez, ce que vous sentez pour ne pas lui donner un double langage, pour ne pas le tromper car rappelez vous qu'au travers des affects il sent ce que vous ressentez mais que vous n'exprimez pas toujours. Cet état de fait peut mettre un bébé en difficulté qui reste alors bloqué dans une situation et pleurer en raison de cette ambivalence.

L'impact des effets du langage de l'adulte ne se réduit pas à son contenu. Il n'y a pas d'approche et de compréhension possibles du bébé sans une place centrale faite aux émotions. B.Golse

 

De la présence constante à l' impermance de la mère ( entendu comme "Objet psychique interne") :

Il est nécessaire d'accompagner votre enfant par des commentaires langagiers sur vos gestes de la vie courante. Grâce à cela, petit à petit, en lui, va se tisser un lien interne et solide, celui de votre présence psychique même lors de vos absences (relatives : au début courtes puis petit à petit s'allongent) et le sécuriser parce qu'auparavant les paroles rassurantes et contenantes lui auront été suffisamment apportées. Votre bébé va savoir exprimer son bien-être et montrer des aptitudes à se retrouver seul et à se souvenir des moments où il a été comblé. C'est parce qu'il aura emmagasiner suffisamment de vécus positifs, aura reçu son content de nourriture psychique avec vous qu'il va construire une sécurité interne. Il va se sentir suffisamment sécurisé pour rester seul à jouer, faire ses découvertes non loin du regard ou de la parole du parent mais pas nécessairement à côté de lui. Le bébé sécurisé est puissant et n'a pas besoin de la présence constante de son parent auprès de lui.

 

Comment et que communiquer à votre enfant pour que le langage prenne sens :

Il est possible d' exprimer à votre bébé le fait d'être fatigué, d'avoir besoin de domrir la nuit, d'être triste, en colère et même nécessaire à partir du moment où cela est exprimé posément. Ce n'est pas décharger ses affects sur son enfant mais plutôt lui exprimer ce que vous ressentez dans un désir de communiquer avec votre enfant, de le considérer comme un individu à part entière pourvu de compétences et intelligent. Pour votre bébé c'est primordial. Ca ne le laissera pas dans l'incertitude créée par le double sens, le double langage (celui que l'adulte veut faire croire et celui que l'adulte ressent vraiment et auquel le bébé est relié) qui peut générer des angoisses et des pleurs. Il n'y a pas de place aux faux semblants avec les enfants.

Au fil des mois, les paroles et sons répétés quotidiennement prendront progressivement sens. Votre bébé pourra alors ainsi anticiper les choses qu'il va vivre et se sentir plus sécurisé. Ce lien va permettre d'instaurer à votre bébé, au fil du temps, une confiance en vous qui cherchez à donner du sens et rendre ce monde intelligible pour votre enfant. C'est une première approche du langage.

 

L'impact de l'adulte qui suscite à son enfant le désir de communiquer par la parole :
S'il n'y a pas eu d'événements trop perturbants pour votre enfant, grâce à votre qualité de présence, disponibilité psychique auprès de lui, et tous ces mots et paroles que votre enfant aura entendu et intégré, qui l'auront soutenu psychiquement et permis de trouver du sens, votre enfant va être en mesure, à son tour, de communiquer par les mots. Il sera emprunt du
même désir que vous de communiquer par la parole.